Les deux Guerres mondiales Les premiers précurseurs improvisés des mines
terrestres ont été utilisés au 15e siècle
dans la bataille d'Agincourt, en Angleterre, et au 19e siècle
dans la guerre civile américaine. Mais ce n'est qu'à
la Deuxième Guerre mondiale que ces mines sont devenues armes
courantes sur les champs de bataille. La Première Guerre
mondiale a vu l'introduction de chars pour briser l'impasse de la
guerre des tranchées. Les mines anti-véhicules ont
été développés pour combattre cette
nouvelle invention. Pendant la Deuxième Guerre mondiale,
plus de 300 millions de mines anti-véhicules remplies de
trinitrotoluène (TNT), un explosif léger et puissant,
ont été déployées par tous les belligérants.
Toutefois, l'utilisation de ces mines a été compromise
du fait que l'ennemi pouvait facilement les enlever et les redéployer.
De plus petites mines terrestres anti-personnel ont donc été
développées et déployées autour des
mines anti-véhicules afin d'empêcher qu'on les enlève.
Une des mines terrestres anti-personnel les plus efficaces de cette
époque était la " bouncing betty ", cette
mine de fabrication allemande qui bondissait à un mètre
du sol lorsque activée et déchargeait des centaines
de fragments d'acier sur une grande surface. Les forces armées
ont bientôt commencé à utiliser les mines terrestres
anti-personnel comme armes à leur propre compte.
Évolution de l'usage À l'origine, les mines anti-véhicules et les mines
terrestres anti-personnel étaient des armes tactiques et
défensives dont le but était de protéger les
troupes, les bases militaires et les installations clés comme
les centrales électriques et les réserves d'eau. On
s'en servait également pour retarder l'avancée des
troupes ennemies, leur interdire l'accès à certains
territoires et ressources et les encombrer de soldats blessés.
Les " champs de mines de harcèlement " (deux ou
trois mines posées à l'entrée d'une maison
ou d'un territoire) visaient à démoraliser les troupes.
Pendant les Première et Deuxième Guerres mondiales,
les soldats vivaient dans une peur constante des mines et investissaient
beaucoup de temps et d'énergie dans le déminage des
terrains suspects.
Après la Deuxième Guerre mondiale, la technologie
des armes a avancé rapidement. Aux années 1960, on
a développé une mine terrestre anti-personnel qui
pouvait être lâchée de l'air pour s'activer automatiquement
dès qu'elle touchait le sol. Cette mine dispersable a rendu
possible le déploiement rapide d'un grand nombre de mines,
au lieu de la méthode traditionnelle et plus lente de les
poser une à une à la main. Souvent, on utilisait les
mines comme armes offensives et défensives afin de séparer
les forces ennemies de leurs bases militaires et de les forcer sur
un terrain hostile. On a de plus en plus utilisé les mines
dispersables et posées à la main contre les populations
civiles pour terroriser les collectivités, déplacer
des villages entiers, rendre les terrains fertiles inutilisables
et détruire les infrastructures nationales comme les routes,
les ponts et les sources d'eau.
Les mines dispersables ont été utilisées pour
la première fois par les États-Unis, lors de la Guerre
du Vietnam. Ces mines avaient de graves conséquences pour
les troupes américaines, qui étaient souvent obligés
de battre la retraite par leurs propres champs de mines non identifiés
(près du tiers de toutes les pertes américaines ont
été causées par des mines terrestres déployées
par des soldats américains). Les mines BLU-43 et BLU-44,
appelées " dents de dragon " pour leur forme, étaient
les précurseurs de la mine soviétique PFM-1, appelée
" papillon ", utilisée à grande échelle
lors de la guerre d'Afghanistan de la fin des années 1970
et aux années 1980.
Avec la prolifération dans les années 1960 et 1970
de conflits de faible intensité dans de nombreux pays peu
développés, les mines terrestres sont devenues l'arme
de choix de beaucoup de troupes gouvernementales, paramilitaires
et guérillas. Elles étaient peu coûteuses, efficaces,
durables, et faciles à obtenir et à fabriquer. À
mesure que les mines terrestres sont devenues plus communes, la
distinction entre leur usage défensif et offensif s'est estompée.
Par ailleurs, après la Deuxième Guerre mondiale, on
a de plus en plus délaissé la pratique traditionnelle
consistant à cartographier et à marquer tous les champs
de mines. La pose à distance des mines dispersables a créé
des champs de mines aux frontières floues et a rendu impossible
de cartographier et marquer ces champs de façon adéquate.
Avancées technologiques Depuis quelques décennies, les nouvelles technologies
ont transformé la mine terrestre improvisée qu'on
utilisait traditionnellement à des fins défensives
en une mine " intelligente " qu'on utilise en grande partie
à des fins offensives. Les avancées technologiques
ont rendu les mines terrestres plus dangereuses pour les civiles
et difficiles, sinon impossibles, à détecter. Aujourd'hui,
on peut poser de plus grandes quantités de mines plus rapidement
qu'avant. Et les technologies de déminage ont évolué
beaucoup moins vite que les mines elles-mêmes : en général,
le déminage manuel - un démineur sondant le sol pour
des mines, un pouce à la fois - demeure la méthode
la plus fiable et efficace.
Parmi les mines techniquement évoluées figurent des
systèmes de pose à distance et des mines à
faible contenu de métal, aux capteurs électroniques
et aux mécanismes d'autodestruction. Les systèmes
de pose à distance déploient de vastes quantités
de mines de l'air qui s'activent automatiquement dès qu'elles
touchent le sol. Les mines en plastique sont très durables
et contiennent très peu de métal, ce qui les rend
presque invisibles aux détecteurs de métal traditionnels.
Les mines munies de capteurs électroniques sont censées
pouvoir distinguer entre les animaux et les êtres humains
et peuvent souvent relever le nombre de passants avant d'éclater;
mais elles ne font aucune distinction entre soldats et civils, ou
entre adultes et enfants. Par conséquent, même ces
mines " intelligentes " sont des armes d'emploi aveugle.
Les mines autodestructrices doivent éclater automatiquement
à un moment prédéterminé. Utilisées
largement par les forces militaires pour établir les contours
d'un champ de bataille, elles doivent être détruites
après que les troupes ont quitté la zone de confrontation,
minimisant ainsi la possibilité de danger à long terme
aux civils. Cependant, ces mines ne sont pas d'une fiabilité
suffisante.
Les mines auto-neutralisantes, variantes des mines autodestructrices,
sont elles aussi conçues pour être moins dangereuses
: elles se désamorcent après une période donnée
sans éclatement. Mais ces mines ont un certain taux de défaillance,
et ceux qui les trouvent sont souvent incapables de déterminer
si elles ont été neutralisées ou non. Ensemble,
ces facteurs rendent les mines auto-neutralisantes encore moins
convenables que les mines autodestructrices.
À mesure que les mines terrestres deviennent plus évoluées
du point de vue technique, la possibilité qu'elles fonctionnent
mal augmente. Même si ces nouvelles mines " intelligentes
" se procurent facilement partout au monde, la plupart des
belligérants, y compris les rebelles, les paramilitaires
et les gouvernements en conflits de faible intensité, préfèrent
utiliser les mines " non intelligentes " parce qu'elles
coûtent moins cher et sont plus faciles à utiliser
et à fabriquer.
Production et commerce La production et le commerce des mines terrestres anti-personnel
sont empreints de secrets, les gouvernements et les sociétés
hésitant à révéler qu'ils participent
à leur production ou vente. Le projet armements de Human
Rights Watch a dressé une liste de presque cent sociétés
dans 54 pays du monde développé et en développement
qui fabriquent plus de 340 modèles de ces mines, ou leurs
pièces, à un taux de production de cinq à dix
millions par année. Une mine terrestre anti-personnel ordinaire
coûte de trois à vingt-sept dollars à fabriquer;
une mine plus évoluée (par exemple, une mine dispersable
ou autodestructrice) peut coûter jusqu'à cinquante
fois plus.
Quoiqu'il soit difficile d'obtenir de l'information complète
et fiable sur la production et la vente des mines terrestres, il
y a une impérieuse nécessité de transparence
afin de minimiser et, en fin de compte, éliminer les dangers
que ces mines posent aux civils. Cette question est devenue d'une
importance capitale depuis l'entrée en vigueur du traité
interdisant les mines le 1er mars 1999. Ce traité interdit
l'utilisation, le stockage, la production et le transfert de mines
anti-personnel et commande qu'elles soient détruites. Il
faut publier de l'information sur la production et le commerce de
ces mines si l'on veut faire appliquer le traité comme il
faut et assurer que les états parties s'y conforment.
Le traité sur l'interdiction des mines a déjà
eu des effets tangibles sur la production et le transfert de mines
terrestres anti-personnel, même dans les pays qui n'y sont
pas encore parties. En 2001, seulement quatorze des 54 pays producteurs
de mines continuaient à fabriquer des mines terrestres anti-personnel
ou leurs pièces, et tous les pays exportateurs de mines,
sauf l'Iraq, avaient cessé officiellement cette activité.